Tu sais, j’ai rêvé d’elle, la nuit dernière.

C’était un rêve incroyable, tellement réel ; et foudroyant de vitesse et d’intensité, comme un éclair aussitôt apparu, aussitôt terminé. Quand la seule chose qui reste, c’est l’empreinte sur l’iris, la trace fantomatique de la zébrure de lumière qui déchira les ténèbres.

À peine ce songe était-il commencé que déjà il me réveillait, par sa lumière comme un éclair, son grondement comme un coup de tonnerre, ou simplement par son évocation puissante, à la fois si vraie et si improbable.

Elle approchait, entièrement vêtue d’une armure métallique qui lui faisait comme une combinaison étrangement souple. Je ne voyais pas la moindre parcelle de sa peau tant cette protection la recouvrait parfaitement. Elle s’est arrêtée en face de moi et j’ai tendu la main. Doucement, délicatement, comme on pèle un fruit fragile, j’ai ôté quelques lamelles du métal gris mat qui couvrait son visage. Je suis resté longtemps en admiration devant le contraste saisissant de la froideur rigide de l’armure aux contours vifs avec la douceur et la chaleureuse souplesse de son visage. Sa peau semblait irradier une lumière intérieure orangée, un peu comme ces petits lampions de Noël de mon enfance, que l’on obtenait en évidant deux moitiés de mandarine.

Alors, nos visages se sont approchés ; naturellement, sans que nous n’ayons prononcé la moindre parole. Et nous nous sommes embrassés. Finalement, je crois bien que c’est la puissance de ce baiser qui m’a réveillé : le contact électrique de ses lèvres, l’émotion de cette vision éclatante, tout cela a déchiré le ciel en un éclair lumineux et bruyant, et j’ai ouvert les yeux, haletant.

C’est étrange, parce que je ne la connais pas, ou si peu. Quand je la rencontre, je ne trouve jamais en elle la moindre faille qui me permettrait de forcer un peu son intimité. J’imagine qu’elle est dans sa vie comme je l’ai vue dans mon rêve : elle a construit cette armure au plus près de sa peau pour se protéger des agressions extérieures. Elle oublie probablement qu’elle l’empêchera aussi d’expulser les tourments qu’elle affronte.

Elle a des secrets à cacher ; elle a des démons à combattre. J’aimerais l’y aider, être son chevalier en armure étincelante. Mais elle reste sourde à mes appels, aveugle quand je lui fais signe. Elle se laisse enfermer dans sa propre carapace, où plus personne ne peut alors l’atteindre, ennemi ou ami.

Il faudra qu’elle fasse éclater son armure, ou qu’elle laisse un autre le faire pour elle. Qu’elle n’oublie pas que dessous, elle est lumière.

Qu’elle ne devienne pas comme moi, qui n’ai plus ri de bon cœur depuis si longtemps.

Toulouse, le 14 Avril 2005
Catégories : Nouvelles

5 commentaires

Manouche · 21 juin 2005 à 19:46

Oh et puis j’abandonne pour les commentaires… Y’en a trop et ça vient tout en vrac. Pas possible de mettre de l’ordre là dedans. Mais je vais y penser.

violette · 30 juin 2005 à 22:27

et voilà je me retrouve comme manouche!!!
une coquille en forme de lapsus, dans la première phrase que je viens d’effacer, je voulais écrire ne te fâche pas, et je lis ne te cache pas….bon, je laisse tomber pour ce soir, mais tu sais sans doute ce que j’avais envie de te dire

coccinelle · 7 juillet 2005 à 17:26

ben, ce n’est pas si dur de faire un commentaire : j’aime bcp ton texte, une fois encore – !!

En tous cas pour moi il remue des choses, et fait battre le coeur, a un rythme different..

s.chung · 12 juillet 2005 à 19:55

Bof pour celui là. L’image de la pub(pour orange je crois) m’est apparue, l’affiche ou la nana est en habit argent, genre film 5eme élément de Besson. Ensuite en "bonne" commère, et non médisante comme l’écrit le dico, j’ai essayé de deviner, mais de qui peut il bien parler le Gilou? Ce coquin de séducteur! plus d’une a du se reconnaître, malin le Gilou. Combien sont elles maintenant à s’endormir dans l’espoir de se faire peler pour qu’éclate au grand jour leur aura (magnifique cela va sans dire!) Bref je ne me suis pas laissée emporter dans ton monde onirique, mais j’étais contente d’avoir de tes nouvelles. Besos

libellule · 10 janvier 2006 à 22:23

Parfois on a envie de souffrance pour exprimer au mieux ce que l’on ne peut faire heureux, parfois on se sent mieux dans sa carrapace on est plus sensible a fleur de peau mais l’on se sent en soi mieux dans sa peau épaisse que dans celle d’un fanfaron qui rit tout haut. Ton récit ma parrue tellement réel qu’il m’a touché de près. Ma carrapace à moi est devenu si dur je ne peux plus l’enlever. Je n’ai qu’une ouverture qui ressemble a une meurtrère d’ou s’échappe parfois des mots que je ne retiens pas, des mots blessants, parfois cruelle et ils me font mal mais je ne peux m’en empecher. La souffrance nous ensorcelle dans un tourbillon qui fini par ne plus nous quitter et dans laquelle nous nous complaisons peut etre, car elle au moins ne nous quitte pas, on se sent moins seul, elle est toujours présente. Bon, j’arrète, continu a écrire, c’est simplement beau! Je n’ai pas encore fini les autres…
Gros bisous

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