J’ai donné ton vélo

J’ai donné ton vélo, mon amour. Tu sais, celui avec des freins et des vitesses comme papa ; celui que je t’avais offert quand tu as décidé d’abandonner les petites roulettes de l’apprentissage. Je me souviens de ton hurlement de joie lors de ton anniversaire, de ton envie de l’essayer tout de suite. Je n’ai pas su te rattraper ce jour là, quand tu es partie dans la pente devant le garage, et que tu ne savais pas encore te servir de tes nouveaux freins. Je me souviens de ton cri, de ma chemise entièrement tâchée de ton sang. Je revois ton visage affolé alors que nous nous faisions face sous la chaleur étouffante du champ opératoire. Moi qui te parlais, et toi qui pleurais. Je tenais tes mains dans les miennes, j’embrassais le sel des larmes qui inondaient ton visage, pendant que le chirurgien recousait ton front ouvert.

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Une araignée au plafond

Deux heures et demi du matin. J’ouvre un œil. Télécommande : je fais disparaître la mire de la télé. Je m’extrais du canapé. Je titube un peu, la marche est pénible. Je me traîne jusqu’à la chambre. Attention, pas d’agression pour mon esprit embrumé, pour mes yeux embués : lumière douce, lampe de chevet. Le lit, enfin : je m’allonge sur le dos, et c’est là que je le vois. Posé sur la moustiquaire, un mètre au dessus de mon visage, tenu par deux bougies qui font masse pour éviter qu’il ne s’envole, elle m’a laissé un dessin.

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Visite au zoo

S. est partie pour l’aéroport, tout à l’heure : elle s’envole pour Rio. Elle y sera dans trois jours. Des vols, des escales sans fin, entre retards et correspondances ratées. Trois jours de voyage pour rejoindre sa famille à Ipanema : le fils qu’elle adule, et le mari infidèle, qu’elle apprend doucement à détester.

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Vin rouge, rhum vieux

J’ai bu ce soir. Vin rouge, rhum vieux, plus que de raison. Je suis sur la route et je m’aperçois que j’ai oublié pendant deux heures. Oublié qu’elle dînait avec lui, ce soir. Tout ça me revient comme la plus forte vague du cycle. On n’y fait plus attention, on se retourne soudain et elle est là, face à nous pauvre chose frêle comparée à la puissance de l’océan.

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Tu as froid ? Non.

Il y a ce couple, là, un peu plus loin. Elle est assise sur un tabouret haut, accoudée au bar, au moins 120 kg… Il semble minuscule à côté d’elle, taillé dans un fil de fer, ses mains ne se rejoignent pas derrière l’immense taille de sa compagne. Le buste appuyé sur son imposante poitrine, il fait onduler ses jambes et ses hanches au rythme de la musique assourdissante ; le DJ est en grande forme : le son surpuissant de Santo Domingo envahit l’ensemble du petit bar et déborde largement sur la plage, dans le coucher de soleil aux couleurs sombres et graves, annonçant les grains du soir.

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